le 23 septembre 2010
Produire plus ou manger moins de viande pour nourrir la planète ? C’est la question qui a été posée lors d’une table ronde organisée par l’Association française des journalistes agricoles de l’alimentation, de l’environnement et de la ruralité (AFJA), en mai dernier, avec des experts*.
Selon le démographe Hervé le Bras, il faudra compter entre 7 et 11 milliards d’humains sur la planète en 2050. Même si la production de calories a augmenté jusqu’à maintenant plus vite que la population, « on va vers une impossibilité de répondre à la demande à terme. Car les pays émergents veulent manger de la même manière que les pays occidentaux, en consommant de la viande. La Chine consomme 20 fois plus de viande qu’il y a 25 ans ! Il faut donc « une prise de conscience du monde développé » et ne pas rejeter la faute sur l’explosion démographique.
Pour Marion Guillou, « il y a assez en théorie » pour nourrir la planète, mais la majorité de la population vit en zones de conflits. Autre paradoxe : il y a aujourd’hui presque plus d’obèses dans le monde que de personnes souffrant de la faim (1 milliard), et 1 milliard de gens pauvres (soit 1 personne sur 6) vivent de l’élevage.
La production agricole a suivi puisqu’on est passé de 3 à 6 milliards d’humains en un demi-siècle. Les rendements ont en effet été multipliés par 2, mais les écarts entre les zones du monde ont augmenté.
Louis Orenga constate que « la mondialisation de l’information a un effet pervers », et qu’« on en arrive à des discours qui ne sont plus raisonnables ». Comme dire que 1 kg de viande = 70 km en voiture…alors qu’il faut presque 1 mois pour qu’un Français consomme une telle quantité. Cette désinformation risque de déstabiliser le modèle agricole. En cause, l’image que le consommateur se fait de l’élevage français, notamment à cause des messages des « antiviande ». « Quand il y a un décalage entre la perception et la réalité, on va à la catastrophe », affirme Louis Orenga. « Le constat dressé à l’échelle mondiale est sans doute vrai, mais il faut savoir comment l’adapter à la situation française ».
Jean-Claude Bevillard préconise « le retour à une agriculture basée sur une vraie agronomie » et « de retrouver une alimentation plus équilibrée ». Mais « on ne peut avoir une agriculture sans élevages, pas question d’éradiquer les élevages, ce serait une stupidité ».
*Louis Orenga, directeur du centre d’information des viandes (CIV), Hervé Le Bras, démographe et historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, (EHESS) et à l’Institut national d’études démographiques, (INED), Erik Massin, Président de l’AFJA, Marion Guillou, Présidente directrice générale de l’Insitut de la recherche agronomique (INRA) et enfin, Jean-Claude Bevillard, secrétaire national de France Nature Environnement, chargé des questions agricoles (et de gauche à droite sur la photo).
Source : AFJA
> Pour en savoir plus : http://www.afja.net/
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